Yanama 3560 m. Superbe journée !


4 de Julio
Maizal-Yanama 11 km
+ 1190 m
– 610 m

Invité, je me joins au groupe Vincent et les autres et vais bénéficier tout au long de la journée des informations précieuses de celui-ci.
Sous le Corihuayrachina, nous montons régulièrement par de belles marches, certainement Incas, sur terrain glissant, ce versant étant à l'ombre. Fraîcheur assurée.  Les choses sont bien faites, ce sont les descentes qui sont exposées au soleil brûlant. On aperçoit des bosquets de forêt primaire et jusqu'à 3800 m, la végétation est dense et variée.
Sénéçon

 

Annie, alerte, grimpe 

 Vers le col, beaucoup de mines, certaines encore en activité, apparaissent. 
Mais aussi et surtout, le Condor ! Majestueux dans le ciel bleu !

Tête de mule et approche de l'Abra San Juan par Tina Annie Patrick Vincent.

Et du col la vue sur les glaciers est époustouflante. (Regardez bien,  dans 20 ans, y'a plus !).

Nous restons un moment dans l'attente de l'oiseau-Dieu, kuntur, à contempler le panorama dans sa splendeur bleutée et lumineuse.




Et nous passons sous une Vire spectaculaire avant d'arriver plus bas au village aux multiples campings. 
Fin du circuit pédestre du Choqueqirao dont ce jour, fut la plus belle et riche étape, pleine de rencontres diverses.



Maizal (champ de maïs) Baja 2980 m. Paisible campement

3 de Julio
Río Blanco-Maizal Bajo 4 km
+ 1115 m


Belle poule, plutôt beau coq

 Belle Datura pas blanche

 Vincent conférencier.  L'école du plein air ! (en fait,  il prend des notes pour la prochaine édition de son guide).

jesaispaslenom mais c'est jaune sur fond bleu. 

Juste de l'ascension ce matin. Joli score. Versant ombragé et forestier. Un panneau nous indique un bosquet de forêt primaire. 
Un groupe me talonne qui campait à Pincha Unuyoc. Leur muletier qui les précède me renseigne : ce sont des français. Erreur ! Français et bretons !

Ils me rejoignent juste avant Maizal, Annie de Saint-Brieuc, Patrick du charmant village d'Argol presqu'île de Crozon, Tina de Cusco, responsable d'agence touristique et Vincent Geus guide passionnant, amoureux des Andes depuis 20 ans, auteur de plusieurs livres dont 1 que j'avais parcouru.  On passera 2 jours ensemble.
Le lieu qui jouxte la ferme, bénéficie d'une superbe vue sur la vallée et les montagnes, dont l'une couverte du glacier Corihuayrachina culminant à 5512 m, mais dont il ne restera rien d'ici 20 ans !
Un projet, déjà ancien, de 2 téléphériques, mènerait au Choqueqirao et ferait un vaste ensemble touristique avec le Machu Pichu (je perroque ! ).
 Le reste de la journée,  il est seulement 10h30, sera consacré au repos, aux discussions internationales et à se nourrir chez nos hôtes sympathiques de plats locaux (soupe aux pâtes et au maïs), les "cuys" (cochons d'inde) furetant sur le sol avec le chat, et le soir nous réchauffant près du four de briques. 
Christophe et Pierre, alpinistes hors-pair, reviennent des hauteurs, guidés par le maître de maison, Valentin, où à coup de machette,  ils sont partis à la recherche de la Cité Inca Corihuayrachina dont on soupçonne l'existence. Ils ont découvert des ruines de tombes et... je n'ai pas tout entendu. 
Christophe passionné par la culture andine, reviendra explorer divers sommets.
La nuit, nous serons réveillés par vaches et chevaux broutant entre les tentes.  Et ça fait du boucan ! 

 



Río Blanco 1860 m. L'Éclipse ! Elle s'éclipse...

2 de Julio si attendu
Choqueqirao-Río Blanco 9 km
+ 520 m
– 1430 m

Je quitte le camp de Choqueqirao pour me diriger vers le col. Un petit 400 m avec une dernière vue sur la montagne tronquée et la Plaza centrale au passage du col. Un couple de trentenaires suisses, Lucie et Pascal, me rejoint dans la descente poussiéreuse et dérapante qui mène au Río Blanco tout en bas.
On s'arrête au niveau de Pinchu Uchuyoc, terrasses plus sauvages que celles du site principal, afin d'attendre dans ce lieu beau, panoramique et reposant, l'éclipse de 15h40. Des sources claires y coulent. Un vol de perroquets verts caquetants passe soudainement. Un vol de perroquets verts caquetants passe soudainement.
Et on attend encore l'éclipse. Car elle fut très partielle. On ne sait pas si c'est notre imagination ou la réalité, mais on a vaguement eu l'impression d'une timide baisse de clarté. (Merci les informateurs et moi-même (j'ai également informé une trentaine de personnes ! )).
Pas grave, nous avons continué la forte descente jusqu'à la rivière rafraîchissante et cascadante où après une petite toilette dans son cours, me voici écrivant au fond de la tente dans la nuit chaude envahie de moucherons.
Dans cette cordillère, on passe rapidement de cols élevés à de profondes vallées encaissées et chaudes. Ce qui rend le trek ardu.

Plaza Centrale aperçue de l'Abra (col) Choqueqirao 

 Marches Incas (habile !)
Au fond, le Río Apurimac
 et le Rio Blanco

Camp Choqueqirao 2850 m. Au cœur de la Cité Inca

1 de Julio
Maranpata-Camp Choqueqirao 3 km
+ 170 m
– 230 m

J'ai véritablement pris la bretelle qui mène sur le circuit de Choqueqirao (avant d'atteindre l'autoroute du Machu). Le public est international, majoritairement francophone. Plutôt jeune, mais pas seulement.
Une quinzaine de tentes se serrent dans le camp, à l'intérieur du site.
Ce site est accessible uniquement à pied, perché dans des montagnes abruptes. La cité fut construite sous le règne de Pachacutec, le grand empereur Inca qui transforma le royaume en Empire.
La Cordillera fut le dernier refuge des Incas à l'arrivée des Conquistadores d'où ils menèrent la rébellion pendant une trentaine d'années.
Tout au long de la journée, je parcours le site très éclaté sur toutes les orientations et pentes, autour de la montagne tronquée et de la Plaza centrale. Beaucoup de bâtiments bien conservés, maison sacerdotale, colcas (greniers)... et sur une terrasse bien pentue, des pierres blanches figurent des lamas.



 
Mais ce qui m'a le plus impressionné, ce sont les immenses terrasses vertigineuses à flanc de montagne. Vertigineuses dans tous les sens du terme, car dans mon élan de curiosité,  je me perds dans le dédale des escaliers et je termine sur des marches étroites, à pics, où je n'ose pas jeter un coup d'œil autour de moi ! Il est tard et je suis loin d'avoir tout explorer.
Bizarrement, je suis seul dans cet espace où le crépuscule recouvre petit à petit les degrés.
 
Par où je monte

Maranpata 2060 m. Village fleuri. Dernières minutes de Ouais failles

30 de Junio
Santa Rosa baja-Maranpata 4 km
+ 880 m

Une belle ascension aujourd'hui. Parcourue partiellement avec 2 jeunes des Pyrénées qui s'offrent un tour du monde. Et je débouche sur un joli village fleuri et qui dispose, surprise, de quelques chambres chez l'habitant.
Allons pour celle-ci. Et voilà un bon lit.
Par contre aucune commodité, pas d'électricité, sol en terre battue et orientée sud. Autrement dit, ça caille ! Mais une telle gentillesse...
Ici la Wifi est précieuse, alors elle se paie. L'électricité est solaire.
Et il est tôt, j'ai hâte de faire un saut à Choqueqirao. (Saut de 2 h et 250 m + quand même).
En cours de route, le regard plonge sur des terrasses à pic, au bord du vide, immenses.
Ils sont fous ces Incas...
Et après une longue montée, qui longe d'autres terrasses bien conservées, je débouche sur la Plaza centrale ensoleillée qui domine de tous côtés la profonde vallée du Río Apurimac, d'un surplomb de 1000 m. Impressionnant.
 Le site est très étendu et cet après-midi je ne découvrirai que des magasins, des bâtiments divers et une autre place, le Hanan, en grimpant toujours. Un petit aqueduc dévale la pente. C'est lui qui alimentait en eau la cité.
Il est temps de rentrer déjà. Je reviens demain et là, je plante le tipi, un terrain est prévu pour ça sur le site.
 

Tombée du jour sur le retour à Maranpata


Daniela, 3 ans, une des 2 petites filles du jeune couple installé là. 

Santa Rosa Baja 2060 m. Les caravanes passent, pas le condor !


29 de Junio
Chiquiscca-Santa Rosa Alta-Santa Rosa Baja 5 km
+ 750 m
– 550 m

Je m’allège au maximum avant de poursuivre la descente, surtout en vue des futures ascensions. Briquet aux campeurs péruviens, drap de soie à la voisine et perte de mon Opinel !
Les moucherons sont infernaux. Les démangeaisons me donneront des cauchemars ! Vivement l'altitude qui les voit disparaître.
Je passe le pont sur le Río Apurimac. La pente poussiéreuse se raidit brutalement en zigzaguant.
Un bond de côté : vite, faire place aux mules qui dévalent, lourdement chargées. Les caravanes sont nombreuses. Elles seules, permettent d'être livré dans ces zones isolées.
Certains randonneurs choisissent aussi de faire porter leur équipement par les bêtes.
Plus on se rapproche du site de Choqueqirao, plus les prix flambent. L'eau est passée de 1,50 S. le litre à 7 S. ! J'imagine les prix au Machu Pichu !? Et pourtant, il n'y a pas grand monde. J'ai dû rencontrer une quinzaine de marcheurs.
Le soir, je plante ma tente sur un coin d'herbe chez un papie qui me prépare un plat de pâtes maigrichon, à la sauce tomate, sans viande, sans rien. Je ne parle pas du coût, je m'énerve ! Gentil le papie...
Revenons plutôt aux étoiles qui flambent au firmament. La voie lactée se courbe plein sud. Le  chemin Inca est, dit-on, son reflet.
Des cigales à l'électronique incantation répétitive et le grondement sourd du fleuve, orchestrent la douceur de la nuit.
Au matin, pépé m'alerte, 2 renards se promènent tranquilles, près du campement et me regardent. Ils sont moins roux que ceux de France. 
Río Apurimac 


 
Dentelle 

Chiquiscca. Sous l'avocatier, je campe

28 de Junio
Cachora-Chiquiscca 17 km
+ 350 m
– 1350 m

J'entre maintenant dans la Cordillera Vilcabamba encerclée par les 2 rivières  sacrées,  l'Apurimac et l'Urubamba.
Pendant quelques jours, je n'aurai plus aucun réseau Internet, je suis coupé du monde et ça me plonge encore plus dans la nature présente.
L'objectif maintenant est d'atteindre Choqueqirao le jour de l'éclipse. J'ai du temps devant moi et ça va me permettre d'y aller gentiment, en scindant les étapes théoriques.
Il n'empêche, les dénivelés sont imposants.
Nuages ce matin.
Après un parcours assez facile sur une piste à pic, mais je commence à connaitre, j'arrive au poste d'entrée du site archéologique. 60 Sol. Une petite somme déjà. Des indications, des barrières de protection, quelques randonneurs, je suis en terrain plus professionnel et commercial désormais.
Les nuages s'accumulent. On me dit que j'ai de la chance, sinon la chaleur serait torride, mais les sommets disparaissent. Et aucun condor ne passe.
La descente dans la vallée de l'Apurimac est grandiose.
L'Apurimac, 1er affluent de l'Amazone qui selon certains prend sa source au Pérou, pour d'autres en Équateur.
Il est tard et soudain une silhouette au loin apparaît. Un muletier ? Non, une jeune fille, seule, bras nus - buenas tardes - mais qui va où ? Le 1er village est à 4 h. Les mots ne sont pas sortis de ma bouche. Si surpris.
Une ferme isolée, quelques boissons à vendre. Des voix d'enfants. Eux aussi, si loin de tout. Et j'arrive à ma destination du jour.
Oups ! Une épicerie un mini camping, de la restauration... de la Wifi !
Non, 2 épiceries, 2... Tout est en double : de la concurrence au milieu de nulle part ! Mais maintenant tout se paie. 5 Sol la Wifi, 5 Sol la douche etc... Et des voisins sur le campement. Je sens des affaires qui se font. Mais ça reste modeste.
Demain, j'irai prendre le petit-déjeuner chez la voisine d'en face.
La tente montée, il pleut. Alors que pas une goutte n'est tombée dans le secteur depuis 2 mois ! Juste quand j'entame le bouquet final de mon périple.
Bon, la nature est contente.
Et la pluie ne dura pas.